9 octobre 2009 5 09 /10 /octobre /2009 07:00

Citoyennes, citoyens,

 

2008-02-9-Manif-Mairie-009

 

Comme chaque mois à la même date (le 9, pour celles et ceux qui ne le sauraient pas encore), la liste des participants à l'action citoyenne du 9 février dernier s'étoffe. Et pas avec n'importe qui, c'est moi qui vous le dis!


Georges WODLI
Né à Schweighouse le 15 juin 1900, aîné de six enfants d'une famille protestante très modeste, entré à l'âge de 14 ans  aux ateliers de Bischheim comme apprenti ajusteur, il devient dans l'entre-deux-guerres un militant communiste reconnu, tant sur le plan politique au sein du PCF que syndical avec la CGTU.  Dès le début de la Seconde Guerre Mondiale, il s'engage dans une action de Résistance: en 1941, il est chargé par le Parti d'établir des liens entre les camarades de part et d'autre des Vosges, sous le pseudonyme "Jules". Une moustache le rend alors méconnaissable. Arrêté en octobre 1942 par la police de Vichy, il est remis à la Gestapo qui dans un premier temps l'interne au camp de Schirmeck-La Broque pour le transférer finalement  à son siège strasbourgeois , rue Sellenick. Torturé, il ne parle pas et meurt d'épuisement dans la nuit du premier au deux avril 1943. Il aurait eu le temps avant d'expirer d'envoyer secrètement une lettre à son épouse dans laquelle il lui demande de perpétuer sa mémoire, chaque année, en reprenant un chant de son enfance, à la gare de Schweighouse, dans la nuit, en signe de recueillement et d'espoir. Aujourd'hui, une rue porte son nom à Schweighouse, elle se dirige vers la gare si l'on vient du centre, mais il s'en est fallu de peu qu'elle soit rebaptisée cette année. C'eût été une insulte à sa mémoire.



Raymond QUENEAU
Devenu populaire avec Zazie dans le métro (1959), l'écrivain, poète, dramaturge et mathématicien, cofondateur du groupe littéraire de l'Oulipo (Ouvroir de Littérature Potentielle), s'était déjà fait remarquer en 1947 avec ses fameux Exercices de style dans lesquels il réussit le tour de force de raconter la même petite histoire, avec à chaque fois un style différent.
Les spécialistes de son oeuvre s'accordent à dire qu'à la demande insistante (plus de mille lettres en trois ans!) d'un lecteur passionné habitant Schweighouse et connaissant l'ouvrage par coeur, le récitant même par les chemins et les rues, l'auteur aurait accepté en 1965 de rajouter un chapitre intitulé "Ch'val dire autrement". Dans une langue alsacienne inventée qu'il nommera plus tard néo-alsacien, caractérisée par une syntaxe typique du langage parlé et une orthographe phonétique, il démontre finalement que depuis le début "l'autre...ment". Le lecteur peut alors reposer le livre avec le sentiment d'avoir été délicieusement manipulé. Toute ressemblance avec la situation politique actuelle de notre commune étant purement fortuite, cela va sans dire.




Oum KALSOUM
Considérée encore aujourd'hui comme la plus grande chanteuse du monde arabe, la célèbre cantatrice égyptienne, dotée d'un registre de contralto et de mezzosoprano, a prêté sa voix puissante pour célébrer l'amour, la religion et son pays.
Très vite, son succès a dépassé les frontères de l'Egypte et même du monde arabe pour devenir international. Ainsi, en 1967, avec un concert à l'Olympia, qui lui vaut les félicitations du président de Gaulle. A cette occasion, un groupe de Schweighousiens est présent. Il s'agit pour l'essentiel d'une famille dont la mère a des origines égyptiennes et qui n'aurait raté pour rien au monde cette occasion unique d'entendre et de voir enfin l'"Astre d'Orient", la "Voix incomparable" (selon Maria Callas).
Qui peut alors leur en vouloir si, en tout illégalité, ils ont demandé à l'aîné d'enregistrer l'intégralité de la prestation sur leur magnétophone tout neuf de l'époque, acheté tout exprès? Ils l'ont conservé précieusement et l'on se met à rêver qu'un élu de la commune chargé de la culture et un peu plus éclairé que les autres décide de  passer la bande du début à la fin à l'occasion de la Fête des Rues,  plutôt que de nous écorcher les oreilles avec une soupe réchauffée de tubes ringards ou des beuglements inutiles chargés paraît-il d'"animer" la journée!



Fritz LANG
Avant de fuir le nazisme en 1934 pour aller aux Etats-Unis et connaître une carrière américaine, le réalisateur allemand d'origine autrichienne se fait connaître avec le début de la série  des Docteur Mabuse (1922), Métropolis (1926) et M le Maudit (1931), son premier film parlant. Il revient en Allemagne dans les années 1950 et tourne encore plusieurs films, dont Le Tigre du Bengale (1959).
Alors qu'il termine une tournée de promotion pour ce film à Stuttgart, il se fait accoster un soir par un adolescent de Schweighouse qui tient absolument à s'entretenir avec lui.  Il finit par accepter et les deux hommes s'installent à la terrasse d'un café. Pensant devoir satisfaire la curiosité d'un amateur de son oeuvre, le cinéaste écoute pendant plus d'une heure une histoire incroyable, celle d'un jeune homme qui s'est littéralement identifié au personnage de M. (le Maudit), reprenant jusqu'à ses intonations et mimiques et qui lui explique que son prénom commence également par un M. et qu'il se sent lui aussi persécuté, poursuivi, alors qu'il est innocent. Epuisé par son récit, le Schweighousien finit par demander : "Alors, maintenant, Monsieur Lang, vous pouvez me le dire, c'est bien moi qui vous ai servi de modèle pour ce rôle, n'est-ce-pas?".  Complètement décontenancé par cette chute incroyable (le jeune homme n'était même pas né quand le film est sorti), le réalisateur commence à comprendre qu'il a devant lui un personnage quelque peu dérangé voire dangereux, qui bientôt va lui demander des droits d'auteur. Il prétexte une envie d'aller au petit coin pour régler les consommations et s'enfuir à toutes jambes malgré son âge avancé, afin, surtout, de ne plus jamais croiser ce phénomène. Phénomène qui habite toujours notre commune et qui en effet a continué à faire des siennes...


Emil ZATOPEK
Un matin d'automne 1953, la "locomotive tchèque" traversa Schweighouse. Le coureur de fond, triple vainqueur olympique l'année précédente à Helsinki sur 5000, 10 000 mètres et marathon (une performance jamais égalée),  ne faisait là qu'un petit entraînement, mais il allait quand même très vite et personne ne s'aperçut de sa présence. Personne sauf une petite fille très sage et curieuse de tout qui venait de recevoir un appareil photo pour son anniversaire (10 ans) et qui, voyant passer cette étoile filante eut le réflexe d'appuyer sur le bouton et de faire ainsi sa première photo. Fidèle à sa réputation d'homme chaleureux et généreux, l'immense sportif gratifia la petite d'un large sourire et d'un signe amical de la main. Deuxième puis troisième photographie. Aujourd'hui encore, elle admire ses oeuvres de jeunesse encadrées, sous verre et accrcohées dans son salon. Toute la famille connaît l'histoire par coeur, pensez-vous. C'était route d'Ohlungen, à 6 heures du matin, elle s'était levée la première, impatiente d'essayer son cadeau.  Mais elle sait que, même si le coureur fendait le vent, il aurait respecté la limitation des 30 km/heure si elle avait existé alors, car c'était un monsieur, croyez-le bien, un monsieur comme on n'en fait plus beaucoup, en tout cas par ici.




Que tout ce beau monde ait un rapport, d'une manière ou d'une autre, avec notre commune devrait nous encourager et nous remplir de joie.
Schweighouse, Schweighouse, mais quel talent!
Et ça n'est pas fini...

Vincent-002-copie-1Vincent FAVRE.


  



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