28 juillet 2010 3 28 /07 /juillet /2010 07:00

Et Dieu dans tout ça?

 

 

 

Après une semaine allemande enrichissante et dépaysante, François reprend avec grand plaisir le chemin de la France pour retrouver  son laboratoire touristique à ciel ouvert: Schweighouse-sur-Moder.

 

Toutefois, suite à un problème de transport, il n'arrive sur place qu'en fin d'après-midi. Il espère que cela ne l'empêchera pas de faire ce qu'il avait prévu.

Car ce mercredi, comme convenu, ce sont les religions qui vont l'occuper.

 

L'une des premières surprises pour François fut de constater dès le premier jour à Schweighouse l'existence de deux églises , très proches l'une de l'autre qui plus est. Habitué dans sa Bretagne finistérienne à des communautés paroissiales  regroupées autour d'un seul lieu de culte, catholique en l'occurence, il est impatient de découvrir cette particularité. C'est un peu Schweighouse-les Deux-Eglises.

 

 

 

  

 

Chapitre 1  Visite guidée du temple.

   

C'est à nouveau par le bus qu'il arrive à Schweighouse. Il se repère beaucoup plus facilement maintenant. C'est tout de même la quatrième fois qu'il vient.

 

Ayant fait connaissance avec la pasteure mercredi dernier, il décide de se rendre d'abord au presbytère protestant, comme elle le lui avait proposé, afin de se faire ouvrir le temple pour une petite visite.

 

Elle accepte sans hésiter, non seulement de lui ouvrir les portes du temple, mais en plus de lui servir de guide.

Grâce au  livre d'histoire locale qu'on lui a offert mercredi dernier, paru précisément à l'occasion du centenaire de la construction et de la rénovation de l'église protestante, il a déjà quelques notions sur le bâtiment, son architecture, sa décoration intérieure et son histoire. Mais une visite in situ, accompagnée et personnalisée, apporte toujours une émotion supplémentaire.

 

Ce qui le frappe à l'intérieur, c'est la sobriété. Il n'ose pas dire l'austérité tellement ce terme est connoté dans un contexte de crise où même le mot "rigueur" est tabou. Il connaissait bien sûr cette caractéristique protestante, mais là elle s'incarne véritablement dans un lieu. Rien ne perturbe le fidèle, sauf peut-être (encore elle) cette foutue circulation (il est remonté) dont le murmure parvient à franchir les murs de l'édifice.

La pasteure lui explique quantité de choses passionnantes sur l'église protestante, qu'il note dans un carnet. Il retient par exemple que la Réforme a été introduite à Schweighouse en 1555/1556, qu'un simultaneum (utilisation par les deux cultes à la fois, protestant et catholique) a duré de 1714 à 1891 et que le bâtiment a évidemment beaucoup évolué, avec des étapes majeures comme 1899/1900 avec la grande reconstruction, mais aussi 1956/1957 avec la transformation du choeur et le premier foyer, et enfin 1999/2000, suite à la grande tempête qui a décapité le clocher.

 

Même s'il sait pertinemment que tout bâtiment, religieux ou civil, évolue et se transforme au gré des priorités et mentalités des époques, il ne peut s'empêcher de regretter la disparition pure et simple de l'église romane, flanquée de sa grosse tour carrée sans doute du XIIème siècle.

 

Alors qu'avec la pasteure, ils sont déjà sortis du temple, François s'aperçoit qu'il a oublié d'immortaliser les récents et superbes vitraux. N'osant pas demander à rentrer à nouveau, il les photograhie de l'extérieur. Bien sûr, c'est beaucoup moins bien, mais mieux que rien.

 

 DSCN1724

 

Avant de partir, la pasteure lui montre un reste de l'ancien cimetière (dont parle d'ailleurs le livre), sur le mur d'enceinte:

 

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Il se dit qu'il ira visiter l'actuel cimetière.  Puis remercie chaleureusement son guide bénévole et passionné. Il promet d'aller fair un tour sur le site internet de la paroisse protestante, paraît-il très bien fait.

 

 

 

Direction le presbytère catholique.

 

 

 

Chapitre 2 " Vous venez de l'intérieur?" 

 

 

Il s'en est fallu de peu qu'il ne rejoigne le cimetière plus tôt que prévu ( celui de sa propre commune)  car une espèce de chauffard a failli l'écraser alors qu'il traversait le passage piéton juste avant l'ancienne bibliothèque municipale. Endroit dangereux puisque la visibilité vers la gauche pour les piétons est quasi nulle.

Une fois sur le trottoir d'en face, et bien ça n'est pas mieux car très vite ledit trottoir se réduit à presque rien, obligeant les piétons (et que dire des poussettes!) à marcher sur la route! Il faudrait voir à remédier à cette situation.

 

 

 

Pas de chance: le curé est absent du presbytère catholique. Et l'église est fermée. Le bâtiment est d'ailleurs bien mal placé, au bord de l'axe le plus fréquenté. Impossible de photographier correctement l'ensemble de la façade: pas assez de recul.

Une grille est ouverte: il entre. Un petit jardin fort sympathique, mais pas de curé.

" Vous cherchez quelque chose?" .

Il se retourne et découvre un monsieur d'un certain âge à qui il explique sa démarche dans les grandes lignes.

Il ne pourra pas lui ouvrir l'église, mais veut bien, en tant que fidèle paroissien, s'efforcer de répondre à ses questions.

"Je me demandais comment vous faîtes pour tenir aussi bien vos églises, protestante comme catholique: elles sont rutilantes! Pour avoir pas mal parcouru la France, je peux vous dire que c'est loin d'en être ainsi dans toutes les paroisses, sauf bien sûr lorsqu' il s'agit de momuments classés et donc entretenus comme monuments historiques".

- Vous, vous venez de l'intérieur, n'est-ce-pas?

- De l'intérieur? Non, je vous assure, je ne suis pas entré dans l'église, puisqu'elle est fermée.

L'homme se met à rire. François ne comprend pas.

 

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- Non, la France de l'intérieur.

Voyant bien que François ne saisit toujours pas, il explique que cette expression est employée en Alsace et en Moselle pour désigner le reste de la France. Elle correspond  au pendant de l'appellation "France de l'extérieur" employée côté français pour désigner les provinces annexées par l'Allemagne de 1871 à 1918.

François tombe des nues: habitant les Monts d'Arrée, il est certes de la Bretagne intérieure (l'argoat, par opposition à l'armor), mais en tant que Breton, il n'aurait jamais imaginé qu'il venait de la France de l'intérieur!

L'homme lui précise que la période d'annexion explique en partie l'entretien exemplaire des bâtiments religieux. En effet, l'Alsace et la Moselle n'étaient pas françaises en 1905, quand la loi de Séparation des Eglises et de l'Etat a été votée. La France n'a pas réussi à faire appliquer cette loi après la guerre et donc, c'est toujours le régime concordataire qui s'applique. Ainsi,  par exemple, curés et pasteurs sont fonctionnaires, des cours de religion sont prévus à l'école publique. 

" Le terrain sur lequel nous sommes est communal. Ce bâtiment-là abrite des toilettes  à la fois catholiques et publiques, entièrement payées par la commune: 44 000 euros".

 

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  - Vous croyez vraiment que ces toilettes serviront à d'autres personnes que les seuls paroissiens catholiques?

- Nous verrons à l'usage.

 

"Des toilettes catho(pub)liques, vous en rêviez? Schweighouse l'a fait" se dit François.

Plus sérieusement, François n'est pas sûr que cette situation soit saine. Jésus lui-même n'a t-il pas dit: "Rendez à César ce qui appartient à César", appelant clairement à une séparation nette du temporel (le politique) et du spirituel (le religieux)?

 

 

"Bien, merci monsieur pour ces informations, je vais visiter le cimetière maintenant".

- Je ne sais pas si c'est le moment, vous savez, car le temps est menaçant"

- Ah bon, pourtant le ciel est bien dégagé.

- Oui, mais vous n'avez pas regardé le coq

- Quel coq?

- Celui du clocher.

François lève la tête, voit le coq bien sûr, mais pas de signe de pluie.

Le monsieur prononce alors une phrase en alsacien que François ne comprend pas. Mais il traduit:

"Quand le coq dans la Moder fait ses besoins (traduction adaptée car l'originale est plus fleurie...)

La pluie alors n'est plus très loin".

François constate en effet que la queue du coq est orientée vers la rivière. Il note ce dicton local sur son calepin car il le trouve vraiment fameux (qu'il se vérifie ou pas).

 

 

 

En route vers le cimetière.

 

  

 

  

 

Chapitre 3 Cimetière:  gênés et séparés jusque dans la mort.

 

 

 

Passant par la Rue Eisenbruch, il débouche sur un rond-point (encore un!), longe la maison de retraite "La Roselière" et atteind le cimetière. 

 

Enfin, il devrait plutôt dire le "parc funéraire de Schweighouse-sur-Moder" si l'on se fie à l'inscription qui figure à l'entrée principale:

 

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Curieuse tendance à l'euphémisation: après la Maison Communale en guise de Mairie, le parc funéraire plutôt que le cimetière. Admettons.

 

Il a lu dans le livre qui lui sert de guide que le cimetière a été déplacé ici en 1830, celui de l'église (actuel temple) devenant trop exigu.

De fait, c'est un grand cimetière, vraiment agréable, plutôt bien tenu, bordé par la forêt qu'il a d'ailleurs hâte de parcourir.

Quel dommage une fois de plus que jusque dans un tel endroit, synonyme de calme et de reccueillement, les véhicules à moteur fassent encore la loi, imposant leur désagréable pollution sonore (et atmosphérique), sans parler du risque que l'on prend à traverser la route.

Faut-il encore que les morts schweighousiens emportent ces nuisances jusque dans leur tombe? Sans parler des proches qui vont les visiter. Peut-on reposer en paix un jour?

 

Décidément, François se demande ce que Schweighouse attend pour se doter d'un contournement! Et si les morts réveillaient les vivants?

 

 

Mais ce qui marque également François, c'est qu'aujourd'hui encore (comme le livre le précise ), le cimetière soit séparé en deux: à gauche   en entrant les catholiques et à droite les protestants (où l'inverse?). ll y a même une porte d'entrée pour chaque religion...Il ne l'aurait pas deviné seul car il ne distingue aucun signe distinctif a prirori.

Il se demande où tous les autres sont inhumés: les croyants d'une autre religion (juive, musulmane...), les non-croyants ou encore les catholiques ou protestants qui refusent cette classification.

 

Il pose la question à une dame qui vient sans doute se recueillir sur la tombe d'un proche. Elle lui dit qu'un espace est prévu au centre du cimetière pour ceux qui sont incinérés. Mais ça n'est pas sa question.   Il la repose. Cette fois, elle a bien saisi, mais n'a pas de réponse à lui apporter. Faut-il absolument être classé officiellement dans l'une des deux paroisses pour mériter une sépulture à Schweighouse-sur-Moder?

 

 

D'après le livre, ce partage a suscité des tensions autrefois. C'est seulement à partir de 1885 que les deux cultes occupent deux superficies égales. Et aujourd'hui, qu'en est-il? Les guerres de religion sont-elles bien éteintes? Qu'en reste-t-il?

 

 

 

 

 

 

ll quitte le cimetière avec toutes ces questions en tête. Il se dit qu'en parcourant un peu la ville, il aura peut-être des éclaircissements. En attendant, quelques nourritures terrestres à défaut d'être spirituelles, lui feraient le plus grand bien car vingt heures sonnent.

Traversant la rue à hauteur de la Roselière, il découvre un panneau indiquant que la commune est jumelée avec Marano di Lagunare, en Italie.  En fera-t-il quelque chose?

 

Puis il débouche sur un restaurant qu'il n'a pas encore essayé et s'y installe.

En discutant avec les propriétaires et des clients, il apprend qu'il y avait une communauté juive à Schweighouse (la Rue des Juifs en témoigne), que des Gitans sédentarisés (chrétiens) y vivent et que d'autres religions sont présentes grâce à l'immigration, comme l'islam (des Turcs surtout). Il a oublié de demander si c'est la présence d'une communauté bouddhiste qui vaut à la Maison Communale d'arborer le drapeau tibétain. 

 

 

Cette soirée schweighousienne le laisse avec plus  d'interrogations que de réponses. Tant mieux!

En sortant du restaurant, il croise à nouveau un membre de la famille si attachante qui l'avait accueilli quinze jours plus tôt. Il lui propose de rester dormir. Il acceptre volontiers.

Demain, il prend le train pour Mulhouse: il va consacrer cette semaine au Grand Sud de l'Alsace (Sundgau, Ballon des Vosges, Colmar...).

Pour mieux revenir à Schweighouse-sur-Moder le mercredi 4 août. Il s'accordera alors sans doute plus de détente dans cette commune qui lui devient curieusement familière.

 

 

 

 

 

 

 

Vincent FAVRE. 

 

Des citoyens schweighousiens
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