21 juillet 2010 3 21 /07 /juillet /2010 07:00

 La difficile et périlleuse quête des origines.

 

La semaine strasbourgeoise de François s'était très bien passée.   Vraiment, malgré le regret de n'avoir pas croisé Joël Henry, cette ville méritait le voyage, même en plein été.  Mais ses rencontres, sorties et autres découvertes lui avaient également fait prendre conscience de la distance séparant la capitale régionale (et métropole européenne) de son arrière-pays plus ou moins rural, au-delà des seuls kilomètres. Qui connaît Strasbourg ne connaît pas l'Alsace pour autant. Il avait cru remarquer d'ailleurs combien ces deux mondes (Strasbourg et les villages ou petites villes alentours) se méconnaissent encore en grande partie.

 

D'où l'importance à ses yeux de partir à la recherche de lieux différents, en dehors des voies balisées, comme Schweighouse-sur-Moder qu'il retrouvera avec grand plaisir ce mercredi 21 juillet.

 

Cette journée serait consacrée à l'histoire de la commune, tout au moins une première approche, sachant pertinemment qu'il n'en fera pas le tour  en une journée. Il se concentrera sur les origines de Schweighouse.

 

 

 

 

 
Chapitre 1 Un livre pour mener l'enquête.

 

Le Ritmo (qu'il inaugure, pour son plus grand plaisir) dépose François vers 10 heures du matin à l'arrêt "Mairie de Schweighouse". C'est là qu'il espère obtenir des informations sur le seul véritable indice  dont il dispose: l'AGHSE. Roland, son guide ès colombages improvisé, lui avait dit mercredi dernier que cette association s'occupait d'histoire. Il imagine le A pour Association, H pour Histoire et S pour Schweighouse. Restent le G et le E.

 

Devant la  Maison Communale (ce nom l'intrigue toujours, mais chaque chose en son temps), un petit marché est installé. C'est mieux que rien, mais tout de même il se dit qu'un commune de cette taille pourrait prétendre à mieux. Par ailleurs, il le trouve très mal placé ce marché, au bord d'un axe très  passant, donc bruyant et polluant. Une place sans voiture, un espace piétonnier, voilà dont manque cruellement le centre-ville, pour le plus grand bien de tous.

 

À l'accueil de la Mairie, la personne qui le reçoit lui donne des informations sur ladite association, dont le nom exact est Association  de Généalogie et d'Histoire de Schweighouse et Environs. Elle se réunit les troisièmes mercredis du mois.

"Mais c'est aujourd'hui, ça!" se réjouit déjà François. Hélas, la réunion est à 20 heures. Il ne pourra pas y assister, car il sera déjà reparti à cette heure-là. Pour le reste, l'association fait visiter l'ancienne bibliothèque municipale qui abrite des maquettes, objets et autres documents. Mais certains samedis seulement.

Dommage, dommage.

 

Il explique à l'employée de Mairie qu'il souhaite faire un tour de l'histoire de la commune aujourd'hui même, mais qu'il ne dispose d'aucun support.

 Compatissante et soucieuse de l'aider dans sa démarche, elle lui fait une proposition:

"Ecoutez, nous avons encore des exemplaires d'un livre d'histoire locale paru il y a quelques années déjà et que la commune offre aux nouveaux arrivants. Je vais vous en chercher un".

François la remercie et reprend espoir.

Une minute passe, puis deux, puis trois, puis dix. François s'impatiente quelque peu, mais surtout s'interroge. Pour passer le temps, il va dans le hall et remarque  les vitraux qui ornent les murs, le long de l'escalier notamment. Justement, ils semblent qu'ils retracent les grands moments de l'Histoire de la commune:

 

 

 DSCN1731

 

Il monte les escaliers pour passer en revue tous les vitraux et débouche sur la salle du conseil municipal. La porte étant ouverte, il passe la tête et découvre sur le mur du fond un tableau qui l'intéresse grandement.

 

 DSCN1729

 

Il ignore à quelle date il a été peint et le nom de l'auteur, bien sûr, mais en tout cas il y voit une représentation de la commune qui peut lui servir de fil conducteur.

Dans quelle mesure cette oeuvre est-elle représentative de Schweighouse-sur-Moder?

Il remarque une cigogne nichée sur l'église protestante, comme le petit garçon lui avait dit mercredi dernier. Mais aussi une rivière, la Moder probablement, des scènes de la vie rurale (semailles, coupe du bois?), un moulin à vent...Et puis les armes de la ville, comme protégées par un légionnaire romain. Cela l'intrigue.

Mais il faut redescendre car peut-être la personne de l'accueil a-t-elle enfin trouvé le livre. En effet, elle l'attendait à son tour.

Il veut payer le livre, qui est de grand format, en couverture rigide, avec des illustrations  et qui doit bien compter une centaine de pages, mais elle lui répète que c'est offert par la commune.

Il la remercie encore une fois.

 

 

 

  Chapitre 2   La Tour romaine est toujours debout!

 

Il s'installe à l'ombre, sur les marches de la Mairie et commence à feuilleter l'ouvrage. Souhaitant commencer par le commencement, il recherche ce qui concerne la Préhistoire.

On a bien trouvé des haches en pierre polie et des grattoirs en silex taillé datant du néolithique, mais où exactement et surtout où sont-ils conservés?

D'anciennes sablières, Quirin et Koehl, ont exhumé beaucoup d'objets de l'âge du bronze. Il y avait en effet un cimetière  là où se trouve semble-t-il actuellement Auchan, grande surface qu'il avait vue en arrivant de Niederbronn il y a tout juste une semaine. Des planches représentent ces trouvailles sur une double page, mais là encore il ignore comment les voir. Il doute fortement que l'hypermarché leur ai fait un place pour les exposer dans sa galerie marchande...

Donc pour la Préhistoire, c'est raté.

 

Peut-être aura-t-il plus de chance avec les armes de la ville qu'il a remarquées tout à l'heure sur la peinture de la salle du conseil. Elles ne sont pas reproduites dans le livre, mais il les retrouve facilement sur le plan de la commune qu'il a en sa possession.  

 

545px-Blason ville fr Schweighouse-sur-Moder -Bas-Rhin-.svg

 

S'y connaissant quelque peu en héraldique,  il les blasonnerait ainsi: de sinople à la tour crénelée d'or maçonnée de sable.

Très bien, très beau, mais quelle est cette tour? Les restes d'un ancien château fort? Est-elle toujours debout? 

 

Ne trouvant pas de réponse dans le livre, il décide d'acheter quelques fruits au petit marché, puis en profite pour interroger la dame qui les lui vend.

" C'est la tour romaine" lui lance-elle, d'une voix assurée.

Mais oui, pense-t-il, d'où le légionnaire sur le tableau de la salle du conseil.

- Mais est-elle toujours debout et visible?

- Ah, ça, je ne sais pas, je ne suis pas d'ici.

Elle s'adresse alors au monsieur qui tient l'étal d'à côté. En alsacien, mais avec "tour romaine" en français dedans...

Le monsieur se tourne alors vers lui et lui lance: "La tour romaine, mais bien sûr qu'elle est toujours debout! C'est vers la gare. Avant la gare, mais après le panneau de sortie".

- D'accord, je devrais trouver, merci.

Curieux, il l'aurait plutôt imaginée moins excentrée, et puis il a déjà emprunté cette route le premier jour et il n'a pas remarqué cette tour. Il faut dire qu'il avait d'autres préocupations à ce moment-là. 

  

 

 

 

 

Dépassant la Moder, il se retrouve effectivement nez à nez avec la Tour Romaine...un hôtel restaurant!

  

 

 

 

 tour-romaine

 

  

Il se souvient maintenant que ce nom figurait sur la liste des hôtels que l'employée de mairie lui avait donné il y a quinze jours.

Il regarde l'enseigne de l'hôtel-restaurant et remarque qu'elle diffère quelque peu du blason officiel de la commune, du fait notamment d'une structure arrondie sur le dessus.

Par curiosité et pour en avoir le coeur net, il pénètre dans le bâtiment.

 

Le gérant du restaurant lui confirme ce qu'il pressentait: cette tour n'existe plus que sur les armes de la ville. Mais il sait qu'elle faisait partie d'une villa romaine qui se trouvait à l'emplacement actuel du temple protestant.

Le livre n'évoque pas la tour, mais confirme l'existence et la localisation de cette villa. Il se rendra sur les lieux, mais après le repas que pour la peine il décide de prendre ici: il ne sera pas venu pour rien au moins!

 

 

 

 

  Chapitre 3   Où il est question du nom de Schweighouse. 

 

Arrivé devant le temple dont il avait repéré les beaux vitraux dès le premier jour, aucune trace explicite de l'époque romaine , mais un petit parc ombragé. Il s'y installe et s'accorde une petite sieste digestive, malgré une circulation continue.

 

 Vers 16 heures, il se réveille et  entreprend une lecture plus approfondie de son livre-guide.

Il apprend que de nombreux fragments ont été trouvés à la faveur du chantier de transformation de l'église protestante en 1900.   Des pierres votives en particulier, qui nous permettent d'appréhender trois Romains installés à Schweighouse: Lucius, le militaire, Secundinius-Amillus l'artisan et commerçant qui fabriquait et vendait du jus d'orge (sa recette a-t-elle inspiré les brasseurs alsaciens?) et  Nigrinus, présenté comme un bourgeois.

De tels restes ont été trouvés dans d'autres endroits de la commune, mais dans tous les cas il faut aller au Musée Historique de Haguenau pour les admirer. Or, François n'avait justement pas pu y aller lorsqu'il avait visité cette ville. Il réparera cette lacune dès que possible.

 

 

 

 

Une page du livre retient son attention: celle qui aborde le nom de Schweighouse.

Le premier nom connu date de 896: Swetchusa. Puis, le nom a changé de nombreuses fois, au Moyen Âge notamment, pour devenir Schweighausen assez longtemps et enfin Schweighouse-sur-Moder à partir de 1949 seulement.

Cela répond à une question qu'il se posait le premier mercredi: la commune n'a jamais porté le nom de Schweighüse (celui indiqué en doublon sur les panneaux). Ce dernier correspond donc à la prononciation dialectale. Il ne s'agit donc pas à proprement parler de toponymie. Tiens, il réalise que seuls les panneaux d'entrée sont bilingues, comme si on ne pouvait imaginer barrer de rouge le nom alsacien ou comme si on ne sortait pas de Schweighüse, sorte de prison à ciel ouvert...Mais peut-être a t-il trop dormi.

 

  

Toujours est-il qu'un aspect demeure dans l'ombre: l'étymologie de Schweighouse. Le livre n'en parle pas semble-t-il.

 

 DSCN1758

 

C'est là  que les membres de l'AGHSE l'auraient sans douté éclairé, comme sur bien d'autres aspects d'ailleurs.

Il se dit qu'il  n'en saura pas plus aujourd'hui et qu'il pourrait une fois encore, comme il aime le faire, déambuler au hasard des rues qu'il ne connaît toujours pas.

Mais voilà qu'une femme sort du temple et s'approche de lui. Elle a remarqué le livre et lui demande poliment ce qu'il fait et s'il a besoin d'aide. Il lui explique sa démarche.

Elle prend alors le temps de lui expliquer la signification du nom de la commune. Il est composé de deux mots allemands, schweige qui signifie bétail et hausen maisons. On peut donc le traduire par "maisons au bétail".

Avec humour, elle ajoute: "On n'est pas des bêtes pour autant!". Ils rient de bon coeur.

 

François lui demande:- J'ai vu que vous sortiez de l'église, vous la visitiez? 

- Non, je la connais par coeur, je venais pour autre chose.

François se dit qu'il a été indiscret et que, sans doute emporté par son élan de touriste expérimental, il aura oublié qu'un édifice religieux sert d'abord au culte ou à la prière.

Voyant qu'il est un peu gêné, elle lui précise: -Je suis pasteure.

Alors là, François se dit qu'il n'est pas dans sa Bretagne natale, où il aurait reconnu un curé du premier coup d'oeil.

 

François lui dit son intention d'en savoir un peu plus sur la religion (ou plutôt les religions) à Schweighouse-sur-Moder et qu'il s'y consacrera mercredi prochain.

La pasteure lui donne alors l'adresse des deux presbytères, protestant et catholique, au cas où il aurait besoin de quelque chose. Qu'il n'hésite pas.

 

 

 

 

 

 

Cette journée schweighousienne lui a montré que la quête des origines n'est pas chose facile, qu'elle requiert du temps. Par ailleurs, il estime que cette commune mériterait mieux en termes d'explication et de visibilité de son patrimoine et de son histoire. Un véritable musée, un guide, des parcours thématiques, des plaques, voire des chantiers de construction et bien d'autres choses encore. 

 

Dans l'immédiat, François doit reprendre le Ritmo qui le conduira à nouveau en gare de Haguenau . Cette fois, direction l'Allemagne, pour une semaine qui sera bien remplie: de Baden-Baden au Rhin romantique, en passant par Karlsruhe ou la Forêt Noire, il s'est concocté un petit programme sympathique.

 

 

Il n'oublie pas pour autant Schweighouse-sur-Moder et sera fidèle au poste mercredi 28 juillet, pour en savoir plus sur les religions.

 

 

 

 

 Vincent FAVRE.

Des citoyens schweighousiens
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