10 avril 2009 5 10 /04 /avril /2009 06:25

Bonjour à tous,


Automne-2008_Divers-110.jpg Je voudrais revenir sur le 11 novembre 2008 à Schweighouse-sur-Moder.

Ce jour-là, devant le monument aux morts, les enfants de quelques classes de l'école du Moulin   ont entonné plusieurs versions de la Marseillaise sous la direction de leurs enseignants, comme le rappelle la photographie ci-dessous.



Ensuite,  Monsieur le Maire Marcel Schmitt a tenu à prendre la parole avant même que son adjoint Richard Barth ne lise le message du Secrétaire d'Etat à la Défense et aux Anciens Combattants, Jean-Marie Bockel.
Il a en effet prononcé un discours dont il semble être particulièrement fier, puisqu'il l'a fait reproduire intégralement dans le Bulletin Communal n°93 de l'hiver 2008-2009, en page 20.

Déjà, lorsque j'avais rencontré le Maire dans son bureau le 13 décembre 2008, accompagné d'une autre citoyenne de Schweighouse, je lui avais signifié que ce discours m'avait profondément heurté, ainsi que d'autres citoyens eux-aussi présents à la cérémonie. Il m'avait répondu: "Mais je n'ai dit que la vérité vraie!" (formule ô combien schmittienne s'il en est).

En quoi ce discours est-il choquant?  Je vais montrer ici qu'il l'est triplement: de part son illégalité  d'abord, sa tentative de récupération ensuite, son caractère fallacieux enfin.



1 Une déclaration illégale, véritable profession de foi autonomiste et francophobe.

Dans son discours, Marcel Schmitt regrette le temps où l'Alsace (et la Moselle) disposait d'un  Landtag (ou Parlement)  à la faveur d'une Constitution, accordée en 1911 par l'Allemagne du IIème Reich, . C'était, selon lui,  le temps où "l'Alsace s'était progressivement habituée à prendre en mains ses propres affaires". 
L'Alsace n'est-elle pas dotée de nos jours d'une assemblé élue, à la fois exécutive et législative, le Conseil Régional? L'Alsace ne jouit-elle pas d'un statut particulier qui s'exprime à travers le vaste champ du droit local? 

Il parle du "peuple alsacien" qui serait alors arrivé "à sa maturité politique". Rappelons que cette notion est tout simplement anticonstitutionnelle et que la République ne reconnaît qu'un seul peuple: le peuple français. 
Le particularisme, le communautarisme doivent-ils prendre le pas sur l'universalisme hérité des Lumières?

 Il évoque la courte expérience d'un "Etat d'Alsace-Lorraine", "bénéficiant de toutes les attributions d'un Etat souverain et doté d'un gouvernenment constitutionnel".  Octroyé en effet, le 25 octobre 1918 par un régime impérial au bord de la défaîte et qui tentait ainsi de sauver ce qui pouvait l'être!
Veut-il rétablir cette instance?

"Mais il était trop tard" se lamente-t-il ensuite, déplorant par là la victoire de la France en 1918 et présentant le 11 novembre comme un jour qui marque "la fin du permier et du dernier gouvernement constitutionnel alsacien doté de souveraineté".
Faut-il alors tout bonnement mettre fin à la commémoration du 11 novembre? Ou bien en faire une journée de deuil pour le gentil autonomisme alsacien et contre le méchant jacobinisme français?


A ce stade, il ne s'agit plus de germanophilie, sentiment partagé (à l'heure de la construction européenne) par bon nombre de Français dont je suis, mais bien de francophobie, ce qui est autrement plus inquiétant.
Verra-t-on bientôt les drapeaux tricolores et la Marseillaise disparaître de la cérémonie du 11 novembre à Schweighouse ?




2 Une tentative pathétique de récupération.

Comme si ça ne suffisait pas, son discours est également l'occasion d'une volonté de récupération des idées socialistes, internationalistes et révolutionnaires.


Cela commence par Jean Jaurès.
Le grand leader socialiste français a reçu l'immense honneur posthume de figurer dans un discours de Marcel Schmitt sous prétexte que le président du Landtag d'Alsace-Moselle l'a rencontré à Berne en 1913, puis à Bâle en 1914 afin d'empêcher un conflit.. 
Premièrement,  le Maire de Schweighouse ne connaît pas Jaurès. Deux preuves: lors du discours des voeux le 10 janvier 2009, il a voulu le citer sans même savoir prononcer son nom! Dans la liste des participants à l'action citoyenne du 9 février 2009, Jean Jaurès figure en première place et il ne l'a même pas reconnu!
Deuxièmement. Oui, Jaurès a milité pour la paix, et cela lui a valu d'être assassiné. Mais son pacifisme est idéologique: il  repose sur une conception marxiste, anticapitaliste et socialiste. Il dénonce une guerre qui sera impérialiste, celle des "marchands de canons" et dans laquelle les prolétaires français, allemands ou russes n'ont rien à gagner: "Le capitalisme porte en lui la guerre comme la nuée porte l'orage". Rien de commun avec la démarche des représentants de l'Alsace-Moselle d'alors dont la volonté de paix est pragmatique, de circonstance et purement régionale.
Marcel Schmitt serait-il un socialiste qui s'ignore?

Cela continue par la "République libre d'Alsace-Lorraine" dont le Maire nous dit qu'elle est une "émanation des "Arbeiter und Soldatenräte"  (Conseil des ouvriers, des soldats et du peuple), qui ne durera que 10 jours-du 10 novembre au 20 novembre 1918".
Alors là, on croit rêver. D'abord, les traductions proposées sont tout à fait contestables: "République alsacienne des conseils" serait plus juste, ce qui n'a pas tout à fait le même sens; Le peuple nest pas cité en tant que tel dans le nom des conseils.Enfin, cet épisode ne révèle en rien une volonté d'affirmer l'identité alsacienne ou de proclamer  l'autonomie de l'Alsace. Il s'agit d'un mouvement qui s'inscrit dans la flambée révolutionnaire touchant une partie de l'Europe à la fin de la guerre, sur le modèle bolchevique de la Révolution russe d'octobre1917! C'est bien le drapeau rouge qui a été hissé à Strasbourg à ce moment-là, pas le rouge et blanc!
Il serait temps que notre Maire comprenne qu'il n'a pas le monopole du peuple.
Marcel Schmit serait-il plus rot que wiss?



3 Un révisionnisme historique fallacieux et malhonnête.

Enfin, pour couronner le tout, Marcel Schmitt se livre à un révisionnisme historique des plus discutables.

Tout d'abord, il prétend qu'au lendemain de la guerre,  la France de la IIIème République souffrirait dans le domaine social d'un retard  considérable sur l'Allemagne impériale, .
Il cite de nombreux progrès sociaux qui , instaurés avant 1914  dans le Reich, n'auraient atteint la France  qu'en 1936.  Quelques exemples cités dans le discours pour montrer qu'il n'en est rien: Le repos dominical obligatoire? Ah ,non pas de chance c'est instauré en 1906! L'autorisation des organisations syndicales? Ah , non plus, c'est 1884...soit quatre ans avant l'Allemagne! Bon alors, l'octroi de congés de maternité, ça devrait être bon là, vu comme ils sont machistes, les Latins, là...Non plus: 1909!
Il semble que pour Marcel Schmitt, toutes les lois sociales françaises ont été instaurées par le Front Populaire!
Marcel Schmitt connaît-il l'histoire de la France?

Alors, oui, l'Allemagne a mis en place précocement une législation sociale, c'est-à-dire dès les années 1880. Mais pourquoi? Car Bismarck, chancelier d'alors, avait pour objectif de freiner la montée irrésistible du mouvement socialiste allemand. Quoi de plus efficace en effet pour désamorcer la Révolution que d'octroyer aux bons ouvriers quelques avantages sociaux en échange de l'acceptation du système capitaliste et bourgeois?
Et pendant ce temps en France, le mouvement ouvrier est décapité. La répression de la Commune en 1871 à Paris s'est faite avec la complicité des troupes allemandes, trop heureuses de voir les Français s'entretuer et d'assister à l'écrasement d'une Révolution sociale. Il faut attendre l'amnistie des Communards en 1880, puis la reconstitution des organisations socialistes dans les années 1890 pour que la lutte des prolétaires pousse les gouvernements bourgeois à octroyer aux prolétaires français des droits sociaux plus larges.
Marcel Schmitt connaît-il l'histoire de l'Allemagne?

Quant au passage qui rappelle qu'en Alsace,  la période de l'annexion allemande (1871-1914) "se caractérisa aussi par la richesse du débat public, dû à l'abondance de la presse; un essor économique sans précédent; la naissance d'un système bancaire alsacien (les Raifeisen-les caisses de Crédit Mutuel d'aujourd'hui)", je veux bien le mettre sur le compte de la nostalgie d'un ancien cadre de la banque en question qui aurait gardé à juste titre la culture d'entreprise chevillée au corps et qui ne manquerait sous aucun prétexte l'occasion de rendre hommage à  son "deuxième foyer".
Je rajouterais quand même que la France, elle aussi, a connu un débat public riche, qui  a atteint son apogée  dans les années 1906-1907,  à la Chambre des députés, avec les fameuses joutes oratoires entre deux géants: Clemenceau et...Jaurès, encore lui!
Elle a connu également une presse libre, à la faveur de la loi de 1881, qui donnait la parole à tous, y compris aux ennemis de la République, catholiques, monarchistes, antisémites ou bonapartistes.
La France, tout comme l'Allemagne, a tout simplement connu ce phénomène commun à tous les pays occidentaux d'alors qu'on appelle l'industrialisation.  La France aussi s'est développée économiquement , traversant une phase A de croissance soutenue dans les années 1896-1914 (la "Belle Epoque"), développant le secteur bancaire.
Marcel Schmitt connaît-il l'histoire de l'Alsace?





Je mets le Maire de Schweighouse en garde contre ce genre de discours.

Ces propos sont indignes d'un Maire d'une commune de France, d'un élu de la République qui porte l'écharpe tricolore, qui s'exprime en public devant le monument aux morts, alors que les drapeaux tricolores flottent,  que des enfants des écoles viennent de chanter la Marseillaise et que le discours du  Secrétaire d'Etat va être lu.

Il ne faut pas confondre monument aux morts et tribune politique, commémoration et meeting, célébration et propagande!

Plutôt que d'opposer à tout prix la France et l'Allemagne, plutôt que d'ériger tout ce qui apparaît un tant soit peu alsacien en modèle, il ferait bien de rassembler les habitants de Schweighouse autour d'une mémoire commune et constructive.

Si le premier magistrat se permet ainsi d'instrumentaliser et de récupérer le 11 novembre à des fins politiciennes et idéologiques, qu'est-ce qui empêcherait alors des citoyens indignés de la commune d'intervenir légitimement à leur tour afin de porter assistance à commémoration en danger?

Vincent-002-copie-1Vincent FAVRE.

commentaires

Des citoyens schweighousiens 14/04/2009 19:49

Paquerette,
Je partage ce sentiment de honte et je crois que tous les Schweighousiens devraient prendre connaissance de ce discours, disponible in extenso dans le Bulletin Communal n°93, en page 20, comme je l'ai déjà précisé dans l'article.

Que le Maire soit autonomiste, c'est une chose, quoiqu'il ne l'assume pas puisqu'il prétend avoir "pris ses distances" (je le cite) avec ce mouvement. On peut en débattre. Nous aurons l'occasion de le faire, notamment sur la question de savoir dans quelle mesure les citoyens de la comune ont élu EN CONNAISSANCE DE CAUSE un maire ce cette mouvance. Idem pour ses colistiers: partagent-ils cette idéologie?

Mais qu'il n'instrumentalise pas ainsi le 11 novembre!
Que pouvons-nous craindre pour le 8 MAI?

Ne laissons pas passer des énormités pareilles!

Au plaisir de vous lire.

Vincent.

Paquerette 14/04/2009 19:22

Honte, honte au maire d'oser dire des choses pareilles, et surtout devant les enfants à qui on apprend les affres de la guerre.

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